Background shape

L’anxiété sociale / Not good enough

Blog post thumbnail

J’ai toujours été une enfant plutôt timide, une enfant sage. J’ai toujours eu de bonnes notes, et ce jusqu’au début de mon adolescence. Mon frère demandait plus d’attention, alors je me débrouillais. Et je m’en sortais bien.

En secondaire, après quelques années, j’ai commencé à avoir des difficultés en math et en sciences. J’ai alors pris des cours particuliers. Un jour, en sortant de la maison de ma professeur, cette phrase sort de la bouche de ma mère « Oh, vous savez, on a un peu d’espoir que ça passe, mais qui ne tente rien n’a rien ». C’est vous dire l’estime que ma propre mère avait de moi. Le reste du temps, quand j’avais 14/20 au lieu de 16 au moins, c’était « ras des pâquerettes ». Ce n’était pas « assez bien ». Et ça ne l’était jamais.

C’est aussi à cette époque que j’ai eu mon premier copain. 13 ans… À cet âge là, c’est le grand amour. Peut-importe que ce soit le premier, et certainement pas le dernier, vous êtes persuadée que ça durera pour toujours. Même quand ce garçon dont vous êtes follement amoureuse vous dit qu’ « Elle, je sais que c’est la femme de ma vie. », en parlant de sa meilleure amie. Pour au final vous quitter, pour elle, quelques mois plus tard.

L’année d’après, fut donc celle de ma première rupture, et aussi celle de ma première crise d’angoisse, bien qu’à l’époque je n’avais aucune idée de ce dont il s’agissait.

À 15 ans, je rencontre le garçon avec qui je resterai presque 10 ans. Pendant des années j’essaierai d’atteindre un idéal que je n’atteindrai jamais. Son idéal. Pendant des années, j’ai essayé de faire des efforts, de changer celle que j’étais parce que… « ça devait forcément être de ma faute ». « Je n’étais pas assez bien pour lui ». Après tout, c’était ce qu’il me disait. Très souvent. Il entrait dans des colères noires, pour ensuite me quitter. Probablement une dizaine de fois sur ces années passées ensemble. Mon physique, mon éducation, ma personnalité, à peu près tous les aspects de ma personne étaient sujet à la critique. À nouveau, et constamment, je n’étais « pas assez bien ».

À 16 ans, je me suis petit à petit retrouvée dans une situation où j’évitais beaucoup de choses impliquant des interactions sociales. J’étais tétanisée à l’idée de lever ma main pour poser une question au professeur, ou demander si je pouvais partir plus tôt pour aller chez le médecin. Je transpirais, j’avais les mains moites, des sueurs froides, des tremblements, le coeur qui battait extrêmement vite, la respiration qui s’accélérait… et pour peu que j’arrive finalement, bien obligée, à parler, je devenais écarlate. Pivoine. Avec des plaques rouges au niveau du cou et du décolleté. C’était devenu handicapant. Je demandais à ma meilleure amie de poser les questions pour moi, j’évitais certaines conversations parce que je me mettais à rougir, même en parlant à mes amis ou à mes proches, devoir me rendre à la gare pour demander un abonnement de train m’empêchait de dormir la veille…

J’ai alors consulté une psychologue, et le verdict est tombé : c’était de l’anxiété sociale. Comme vous l’aurez sans doute compris, l’anxiété sociale est la peur excessive, et irrationnelle du rapport à l’autre. Une peur persistante du jugement, d’être le centre de l’attention, de se retrouver dans une situation où on aurait l’air ridicule, où l’on pourrait être humilié…

Cette thérapie, qui est en fait une thérapie cognitive, m’a permis de ne plus éviter toutes ces situations dont j’avais peur. Elle m’a aussi ouvert les yeux sur tous les mécanismes de protection que j’avais inconsciemment mis en place, et que j’ai parfois toujours tendance à adopter : me cacher derrière mes cheveux, bouger les bras ou les mains pour combler, ne pas faire de choix, non pas parce que je n’ai pas d’avis, mais de peur d’être jugée sur celui-ci, parler doucement et rapidement, en espérant que si j’ai dit quelque chose de ridicule, au moins ça passera plus facilement inaperçu. Ce qui n’a pas de sens, en soi, étant donné qu’on me demande généralement de répéter ce que je viens de dire.  Ensuite, j’ai écrit une liste, de toutes les situations qui pouvaient me venir à l’esprit, et qui me rendaient mal à l’aise, de la plus facile (dans mon cas, plutôt la moins difficile), à la plus difficile. Petit à petit, je devais affronter ces situations. Une par une. D’abord avec ma psychologue, ensuite avec l’aide de ma meilleure amie. Aujourd’hui, je le fais seule, et naturellement. Encore beaucoup de situations me mettent mal à l’aise, ou me terrifient, mais je ne les évite presque plus.

Si j’ai fait d’énormes progrès en terme d’évitement, mes angoisses restent épuisantes au quotidien. Tous les jours, j’anticipe les situations à venir. J’imagine les 1001 scénarios possibles, avec tout le stress que cela engendre. Je passe aussi des heures à ruminer les choses que j’ai dites, que j’ai pu faire, que ce soit dans les minutes précédentes, les jours, la semaine, parfois des évènements qui datent de plusieurs mois. J’extrapole. Je me prends à angoisser à l’idée d’avoir froissé quelqu’un, d’avoir déçu, d’avoir donné une image qui ne me correspond pas ou d’avoir changé mon image auprès de la personne en question de manière négative, et définitive.

Je panique à l’idée, d’une fois de plus, ne pas avoir été assez bien. Parfois, je saute à tellement de conclusions négatives que je finis par passer des soirées entières à pleurer. C’est cette petite voix, dans ma tête, qui me dit que mes amis ne font que me supporter, parce que je n’en vaux pas la peine, et qu’ils finiront par m’abandonner, eux aussi. Parce qu’ils auront trouvé quelqu’un de mieux. Que ma famille, elle, est bien obligée de m’aimer.

I have the biggest need of your attention, because I’m utterly convinced I don’t deserve it.

S’il y a des jours vraiment durs comme ceux là, il y en a aussi des bien meilleurs. Avec les années, j’ai appris à intégrer dans mon quotidien ces petites choses qui me font du bien et m’apaisent.

  • La musique à fond de grand matin. Ca énerve très certainement mes voisins, mais pour bien commencer la journée il n’y a rien de tel.
  • Prendre du temps pour moi. Que ce soit manger de la pizza devant une série, apprendre à chanter de nouvelles chansons, améliorer mes compétences en make-up, ou tout simplement me relaxer…
  • Pratiquer un sport que j’adore et dans lequel je me vois progresser.
  • Faire du sport tout court. Tout sport qui me demande un minimum de réflexe ou de coordination me permet de me concentrer sur autre chose que sur ce qui se passe dans ma tête.
  • M’entourer de personnes positives. Certaines personnes ne comprendront pas, ou tiendront à se moquer gentiment ou juger, et je n’ai pas besoin de ces personnes là.
  • Les exercices de respiration en cas de crise.

Et s’il n’y a pas de miracle, mon estime continuera à se (re)construire avec le temps, j’arriverai à surmonter tout ça. Un jour. Bientôt.

3 réponses à “L’anxiété sociale / Not good enough”

  1. Adélaïde dit :

    Well done mon petit <3 Quand je lis cet article, je peux constater qu'il n'y a que des progrès !

  2. Laureline dit :

    ♡♡♡♡♡♡♡

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *